
par Ben Carey Donaldson, thérapeute en IFS certifié
(temps de lecture estimé : 10 minutes)
Quelque chose a cessé de fonctionner. Pas dans tes circonstances, mais dans le cadre que tu utilisais pour leur donner du sens.
Tu as peut-être encore le travail, les relations, les habitudes. Tout fonctionne, plus ou moins. Mais quelque part en chemin, l’histoire dans laquelle tu vivais a commencé à sembler creuse, ou les questions qui étaient faciles à mettre de côté ne restent plus sagement en retrait. À quoi tout cela sert-il vraiment ? Est-ce la vie que je voulais ? Pourquoi tout cela aurait-il de l’importance ?
Ce sont les questions d’une crise existentielle, et elles n’appartiennent pas seulement aux personnes dans des circonstances dramatiques. Elles surgissent pendant les transitions, dans le silence après un accomplissement majeur, au milieu de la nuit pour des raisons qui restent obscures en plein jour. Ce sont l’une des expériences les plus courantes et les moins bien nommées que les gens apportent en thérapie. Ce guide explore ce qu’est réellement une crise existentielle, pourquoi le sens s’effondre parfois, et ce qu’une approche par les parties (comme l’Internal Family Systems) propose comme chemin vers quelque chose de plus solide.
Pourquoi le sens s’effondre : les déclencheurs courants
Les crises existentielles surgissent rarement sans contexte. Elles ont tendance à se regrouper autour de types spécifiques d’expériences qui créent des conditions dans lesquelles tout ce qui maintenait le sens en place se retrouve exposé.
Transitions et changements de cap
Les crises du quart de vie, les crises de la quarantaine, la perte d’identité après la retraite — ce ne sont pas des clichés. Ce sont des moments où l’échafaudage de la vie vacille. La carrière qui absorbait toute ton énergie. La relation autour de laquelle tu organisais ton identité. Le rôle que tu n’as jamais examiné parce qu’il y avait toujours quelque chose de plus urgent à gérer.
Quand l’échafaudage se déplace, le sens qui lui était accroché ne se relocalise pas automatiquement ailleurs. Il devient simplement plus difficile à trouver.
Deuil, perte et désillusion
La disparition d’un proche. La fin d’une relation longue durée. L’effondrement d’un système de croyances, d’une identité professionnelle, ou d’une hypothèse sur le fonctionnement du monde. Ce sont parmi les précurseurs les plus fiables de la question existentielle — non pas parce qu’il s’agit d’expériences inhabituelles, mais parce qu’elles exposent les contingences de la vie.
« Chacun est destiné à vivre non seulement l’exaltation de la vie, mais aussi ses inévitables ténèbres, désillusions, vieillissement, maladie, isolement, perte, absence de sens, choix douloureux et mort. »
— Irvin D. Yalom, Le Don de la thérapie
Yalom, le psychiatre existentiel dont le travail sur le sens et la mortalité a forgé toute une tradition thérapeutique, a écrit abondamment sur la façon dont affronter ces réalités — plutôt que de les fuir — est souvent la condition préalable d’un véritable changement psychologique.
Succès sans satisfaction
L’un des déclencheurs les plus déroutants est d’atteindre quelque chose pour lequel on a travaillé dur et de constater que la satisfaction attendue n’est pas au rendez-vous. La promotion. Le partenaire. La maison. Le chiffre qui devait être suffisant. L’absence du sentiment attendu peut provoquer quelque chose proche de la panique : le système utilisé pour générer du sens s’est révélé peu fiable.
Déplacement et vie à l’étranger
Pour les personnes vivant loin de chez elles, la désorientation existentielle peut prendre une dimension supplémentaire. Les scripts culturels précédemment disponibles pour donner du sens à une vie — ce qui constitue un succès, quelles relations comptent, à quoi ressemble une bonne vie — ne se traduisent pas forcément. Les repères qui assuraient la navigation disparaissent silencieusement.
L’expérience intérieure de l’effondrement du sens

Une crise existentielle s’annonce rarement clairement. Elle tend à ressembler à un ou plusieurs des éléments suivants :
Platitude ou engourdissement. Les choses qui suscitaient intérêt ou plaisir ne le font plus. C’est distinct de la dépression, bien que les deux puissent se chevaucher. La signature de l’effondrement du sens est que l’absence de sentiment vise la signification plutôt que l’humeur en général.
Agitation sans direction. La sensation que quelque chose doit changer, sans la moindre clarté sur quoi. Une insatisfaction qui ne trouve pas d’objet.
Questionnement accru. Des pensées sur l’utilité de ce que tu fais ; si tu vis la vie que tu voulais vraiment ; ce que tu ferais si tu pouvais recommencer ; s’il est trop tard pour changer quelque chose d’essentiel.
Disconnexion des ancres précédentes. Les croyances, relations ou habitudes qui semblaient ancrer semblent plus fines ou moins convaincantes.
Préoccupation inhabituelle avec le temps et la mortalité. La conscience de tout ce qui s’est déjà écoulé. Une qualité d’attention différente à la question de ce qui reste.
« Nous aspirons au confort de la vérité absolue parce que nous ne supportons pas la désolation d’une existence purement capricieuse… Nous nous accrochons tenacement à la croyance qu’une explication, quelque explication, est possible. Cela rend les choses supportables. »
— Irvin D. Yalom, Le Don de la thérapie
La difficulté est que beaucoup de ces expériences intérieures ressemblent de l’extérieur à un dysfonctionnement — quelque chose qui doit être réparé plutôt que compris. Et l’instinct, à la fois interne et culturel, est de les traiter comme des problèmes à résoudre le plus vite possible : plus de productivité, plus de distraction, plus de certitude, plus d’objectifs.
Comment l’IFS donne du sens à tout cela
L’Internal Family Systems offre une lentille distinctive sur l’expérience existentielle qui ne traite pas l’effondrement du sens comme un dysfonctionnement.
Ce que l’IFS propose est que le psyché est naturellement composé de multiples parties, chacune portant sa propre perspective, sa propre gamme émotionnelle et sa propre façon de réagir au monde. Certaines de ces parties travaillent à maintenir la personne stable, fonctionnelle et en sécurité. D’autres portent des douleurs plus anciennes ou des expériences non résolues. Et toutes opèrent dans un système qui essaie, parfois à grand coût, de maintenir les choses ensemble.
Les parties qui construisent les structures de sens
La construction du sens est, en partie, une fonction protectrice. Des parties du système intérieur travaillent dur à générer des cadres qui rendent la vie lisible : voilà vers quoi je travaille ; voilà qui je suis ; voilà ce qui compte. Un sentiment cohérent de sens soutient tout le reste : le bien-être, la direction, la capacité à prendre des décisions et à entretenir des relations.
Mais les structures de sens sont aussi, dans une certaine mesure, provisoires. Elles sont construites sur des croyances, des expériences et des hypothèses particulières sur l’avenir. Quand ces fondations se déplacent — par la perte, la transition, ou en arrivant quelque part et en constatant que ce n’est pas ce qu’on espérait — les structures de sens perdent leur stabilité.
Quand les parties protectrices deviennent le problème
Une crise existentielle implique souvent que les parties protectrices redoublent d’efforts dans les stratégies qui ne fonctionnent plus. La partie ambitieuse force davantage. La partie planificatrice génère plus de plans. La partie qui croit à la satisfaction différée insiste que la prochaine étape sera celle qui apportera quelque chose. La partie qui gère la présentation sociale travaille plus dur à projeter de la certitude.
Le problème est qu’aucune de ces parties n’adresse la véritable perturbation : l’effondrement du cadre sous-jacent. Elles protègent contre l’expérience de ne pas savoir, de l’incertitude, de la véritable question au cur de la crise : Qui suis-je si les structures sur lesquelles je me suis appuyé·e ne tiennent plus ?
Comprendre comment fonctionnent les parties protectrices est souvent la première étape pour alléger leur emprise — non pas en les outrepassant, mais en se montrant génuinement curieux·euse de ce dont elles ont peur.
« Nous sommes ici pour apprendre un ensemble particulier de leçons de vie, et le programme est déjà en nous. Chacun d’entre nous porte des fardeaux hérités de nos familles et de nos cultures, et chacun accumulons aussi de nombreux fardeaux personnels en chemin. Notre programme commence donc par déposer ces fardeaux, ce qui prépare le terrain pour la leçon la plus importante de toutes : découvrir qui nous sommes vraiment. »
— Richard Schwartz, No Bad Parts
Ce que la crise protège réellement
Sous l’agitation de la réponse protectrice, il y a généralement quelque chose de plus vulnérable : une partie portant le poids des choix non faits, des directions non prises, ou de quelque chose qui a toujours été supprimé au profit de la version acceptable d’une vie. Les parties exilées — celles repoussées hors de la conscience quotidienne parce que leur expérience était trop douloureuse ou trop déstabilisante — deviennent souvent plus audibles pendant les crises existentielles.
La crise n’est pas seulement un effondrement. C’est aussi, dans bien des cas, une émergence. Les parties qui attendaient d’être entendues ont trouvé une brèche dans les défenses du système.
Ce qu’une approche par les parties offre
Les crises existentielles tendent à être traitées, dans la culture populaire et certaines traditions thérapeutiques, comme des problèmes de cognition — comme si trouver le bon cadre, la bonne philosophie, ou la bonne réponse à la question du sens allait restaurer le sentiment de direction perdu.
Ce que l’IFS offre à la place est une approche relationnelle.
Plutôt que de demander quelle est la bonne réponse ?, il demande : quelles parties de toi sont activées par cette crise, et que portent-elles ? Plutôt que d’atteindre un nouveau cadre pour remplacer celui qui s’est effondré, il ralentit pour s’intéresser à pourquoi l’effondrement s’est produit et ce vers quoi il pourrait pointer.
C’est différent des approches de thérapie par la parole qui se concentrent principalement sur la restructuration des pensées ou l’identification des distorsions cognitives. La distinction compte parce que l’expérience d’une crise existentielle est rarement celle d’une pensée erronée. C’est celle d’un système en réorganisation, cherchant une nouvelle base de fonctionnement.
Être curieux plutôt que résoudre
L’un des mouvements les plus contre-intuitifs dans le travail IFS avec le matériel existentiel est de résister à la pression d’arriver rapidement à des réponses. Les parties qui veulent une résolution, qui travaillent dur à trouver le nouveau cadre, le nouvel objectif, la nouvelle certitude, sont compréhensibles. Elles essaient d’aider. Mais leur urgence ferme souvent la possibilité de découvrir réellement ce qui se trouve en dessous.
Être génuinement curieux·euse à propos de la crise, y compris ce qu’elle soulève, ce qu’elle a perturbé, ce qu’elle pourrait demander, est une qualité d’attention différente de celle d’essayer de la résoudre.
Travailler avec ce qui s’est effondré
Les structures de sens ne s’effondrent pas au hasard. Elles tendent à s’effondrer là où quelque chose n’a jamais été pleinement intégré : une identité qui ne convenait pas tout à fait, une direction choisie pour des raisons protectrices plutôt qu’authentiques, un rapport à soi-même médiatisé principalement par la réussite externe.
Travailler avec les parties qui portaient ces structures avec curiosité et sans jugement révèle souvent ce qui était protégé. Et c’est souvent là que des formes plus durables de sens commencent à émerger : non pas en trouvant la bonne réponse, mais en développant une relation différente avec la question.
Pour les personnes dont la détresse existentielle est liée à des expériences précoces, comme des environnements d’enfance qui ont exigé la suppression de certaines façons d’être, ou des pertes précoces significatives, le lien entre la crise présente et les douleurs plus anciennes vaut souvent la peine d’être exploré avec soin, et bénéficie généralement d’un soutien professionnel.
Une note sur l’énergie du Soi

Dans l’IFS, il existe un concept qui devient particulièrement pertinent pendant les crises existentielles : l’énergie du Soi.
L’énergie du Soi n’est pas une solution à l’effondrement du sens. Ce n’est pas un état de certitude ni un cadre de remplacement. C’est une qualité de présence stable, curieuse et compatissante qui rend possible d’être avec les questions sans avoir à les résoudre prématurément.
« Notre Soi fondamental, l’âme vénérée dans les traditions spirituelles, englobe la curiosité, la compassion, le calme, la confiance, le courage, la clarté, la créativité, la connexion et la bienveillance. »
— Richard Schwartz, Internal Family Systems Therapy
Ce que la plupart des gens découvrent, en travaillant sur une crise existentielle dans le temps, est que la perte de sens n’est pas la destination finale. C’est un passage. Et la qualité de la façon dont ce passage est navigé compte énormément. Le traverser avec urgence et résistance tend à reproduire les mêmes vulnérabilités qu’avant. Le traverser avec plus d’énergie du Soi — plus de capacité à être curieux·euse de ce qui est réellement là — tend à produire quelque chose de plus authentiquement ancré.
Si tu souhaites une introduction en langage clair à ce qu’est réellement l’énergie du Soi et ce qu’elle ressent en pratique, le guide gratuit Ce que ressent l’énergie du Soi — et ce qu’elle n’est pas l’explore en détail accessible.
Tu es curieux·euse de travailler avec un praticien IFS ?
Si cet article a soulevé des questions que tu aimerais explorer davantage, je travaille en ligne avec des client·e·s anglophones et francophones. Les séances se font par appel vidéo.
À propos de l’auteur
Ben Carey Donaldson est un praticien certifié de l’IFS, guide de méditation et facilitateur de groupe basé dans la région de Fontainebleau–Paris en France. Il travaille en ligne avec des client·e·s anglophones et francophones à travers l’Europe et à l’international, en s’appuyant sur l’IFS, la conscience somatique et la pleine conscience pour accompagner les personnes qui traversent des transitions, des questions d’identité et les formes plus discrètes de détresse qui ne correspondent pas toujours à une catégorie clinique.
Questions fréquemment posées
Qu’est-ce qu’une crise existentielle ?
Une crise existentielle est une expérience dans laquelle les cadres qui donnaient précédemment à la vie un sentiment de sens, de direction ou de cohérence cessent de fonctionner de manière fiable. Elle surgit souvent lors de transitions, après des pertes significatives, ou lorsqu’un objectif longtemps nourri est atteint sans produire la satisfaction attendue. Ce n’est pas un diagnostic clinique, mais c’est l’une des expériences les plus courantes que les gens apportent en thérapie.
Qu’est-ce qui déclenche une crise existentielle ?
Les déclencheurs courants incluent les grandes transitions de vie (déménager dans un autre pays, changer de carrière, fins ou débuts de relations), le deuil et la perte, l’atteinte d’objectifs significatifs, et les périodes de déplacement interculturel. Les crises du quart de vie et de la quarantaine sont des formes bien documentées, bien que le questionnement existentiel puisse surgir à tout âge.
Combien de temps dure une crise existentielle ?
Il n’y a pas de durée fixée. Certaines se résolvent en quelques semaines, notamment lorsque la personne dispose d’un soutien adéquat et de la capacité d’engager les questions sous-jacentes. D’autres persistent des mois, surtout lorsque la réponse protectrice consiste à éviter la perturbation plutôt qu’à l’explorer. Travailler avec un·e thérapeute à l’aise avec le matériel existentiel peut modifier considérablement le déroulement de l’expérience.
Une crise existentielle est-elle une forme de dépression ?
Les deux peuvent se chevaucher, et les deux peuvent comporter une humeur basse, une perte d’intérêt et des difficultés à s’engager dans la vie ordinaire. Les distinctions importent toutefois : la crise existentielle est avant tout une crise de sens et de direction, tandis que la dépression implique une perturbation plus généralisée de l’humeur, de l’énergie et du fonctionnement neurologique. Une personne en crise existentielle peut fonctionner très bien selon de nombreux critères extérieurs tout en ne trouvant que peu de sens à ce qu’elle fait.
Que propose l’IFS pour la crise existentielle ?
L’IFS aborde la crise existentielle non comme un problème à résoudre mais comme un système en réorganisation. Plutôt que de chercher de nouveaux cadres pour remplacer ceux qui se sont effondrés, il travaille avec les parties du système intérieur activées par la crise — en se montrant curieux·euse de ce contre quoi elles protègent, de ce qu’elles portent, et de ce qui se trouve sous l’effondrement. Cette approche relationnelle et interne produit souvent des résultats plus durables que les interventions purement cognitives.
Une crise existentielle peut-elle mener à un changement positif ?
Oui — et c’est l’un des recadrages les plus importants disponibles. Beaucoup de personnes décrivent les crises existentielles, avec le recul, comme ayant dégagé le terrain pour quelque chose de plus authentique. L’effondrement d’une structure de sens construite sur la réussite externe, les attentes sociales ou des hypothèses non examinées peut, si elle est traversée avec soin, ouvrir un espace pour une relation plus ancrée à ce qui compte vraiment.
Articles connexes
Qu’est-ce que l’Internal Family Systems (IFS) ? — Un guide complet
Comment fonctionne l’IFS : parties, protecteurs, exilés et énergie du Soi
IFS vs. thérapie par la parole : qu’est-ce qui rend la thérapie par parties différente ?
Références & lectures complémentaires
1. Le Don de la thérapie — Irvin D. Yalom (2002)
2. No Bad Parts — Richard C. Schwartz (2021)
3. Internal Family Systems Therapy — Richard C. Schwartz & Martha Sweezy (2020, 2e éd.)
4. Man’s Search for Meaning — Viktor E. Frankl (1946)
